Tourments d’Amour : Rencontre avec la réalisatrice Caroline JULES !


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 « Être réalisatrice, c’est avant tout pour moi une affaire de partage et d’échange. C’est ce qui me nourrit lorsque je fais un film. »

Caroline Jules, est une réalisatrice guadeloupéenne vivant à Paris. Le 07 Juin prochain au Cinéma Le St André des Arts de Paris, sortira son second film « Tourments d’amour ». À l’occasion, nous vous proposons de découvrir l’antillaise, ainsi que son projet, autour d’une exclusive interview.

Rencontre avec la réalisatrice Caroline JULES !
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 Synopsis : Sur une île au large de la Guadeloupe, deux sœurs, Myriam et Vanessa, s’apprêtent à passer quelques jours dans la maison familiale où plane encore le doux souvenir de leur grand-mère. Mais Vanessa ignore qu’un invité est attendu pour déjeuner et lorsqu’elle voit arriver leur père, cet homme froid et taiseux dont elle ne veut plus entendre parler, il est trop tard trop esquiver le face à face. Autour de la table, non dits, provocations et maladresses amèneront chacun à se confronter à l’ambiguïté de ses sentiments.

Viandy Toons : Quel a été le point de départ du film ? 

Caroline Jules : « Tourments d’amour » est né de plusieurs témoignages, personnels ou lus, sur la relation père/fille en France et principalement chez nous aux Antilles. La psychologue antillaise Viviane Romana, qui a étudié l’ethnopsychiatrie m’a particulièrement intéressée, notamment son explication sur l’origine de cette absence de la figure paternelle dans nos sociétés antillaises qui prend racine, en partie, dans notre Histoire et la destitution des droits parentaux de l’homme esclave. Cela m’a donné envie d’écrire sur ce douloureux rapport père/fille de nos jours, en puisant directement dans mon histoire personnelle, celle de mon entourage et dans des livres.

On sent que le scénario a été travaillé afin de transmettre des émotions, et ainsi touché les spectateurs sur une réalité visant certaines familles antillaises…

Tout réalisateur cherche à provoquer des émotions chez le spectateur, c’est la raison même de notre métier. La joie, la peur, la colère, nous cherchons tous à provoquer quelque chose chez celui qui reçoit le film…
Ici, les non-dits, le cynisme, la provocation et l’humour comme automatisme de protection sont autant de parades universelles face aux tensions dans les relations humaines.
C’est justement cette universalité des rapports humains que j’ai souhaité situer au cœur de notre culture antillaise, afin de permettre l’identification auprès d’un large public, tout en parlant au monde de notre spécificité antillaise. Dans « Tourments d’amour », au-delà des décors qui nous sont familiers, il y a l’évocation des traditions, des superstitions, la place importante de la grand-mère antillaises, la cohabitation sereine des vivants et des morts, l’utilisation étrange du français/créole dans une même conversation. Toutes ces petites touches antillaises saupoudrent l’universalité des émotions du sel caribéen.
Le titre lui-même possède cette double appartenance Universalité / Culturalisme : les tourments d’amour, spécialités culinaires de Terre-de-Haut, que Vanessa achète au début du film symbolisent le chaos émotionnel des personnages. Les tourments passent de main en main, les émotions de cœur en cœur…

De réalisatrice à actrice. Passer de l’autre côté de la caméra est-ce une façon pour vous de communiquer que cette histoire fait partie de votre vécu ?

Un réalisateur met toujours un peu de lui-même dans ses œuvres, parfois consciemment, parfois inconsciemment et dans certains films plus que dans d’autres…

Parlons du casting. Comment s’est passée votre rencontre avec les acteurs Daniély Francisque, Stana Roumillac, Christophe Rangoly et Harry Baltus ? Pourquoi ces choix ?

Je cherchais des comédiens qui me provoquent un coup de cœur. Et cela a été le cas avec ces 4 comédiens ! 4 évidences.

Je me suis rendue en Guadeloupe pour le casting, où j’ai rencontré Harry. Il possédait cette empathie naturelle et cette jovialité qui correspondait au personnage. Harry peut être aussi bon dans l’humour que dans le drame et ce qu’il est capable de donner dans un simple regard est incroyable. Evelyne Bienville qui interprète, la grand-mère dans le film, a également été un gros coup de cœur. Dès qu’elle est entré dans la pièce, j’ai su que c’était elle. Elle incarnait tout ce que je recherchais pour le rôle : une « vraie » grand-mère antillaise, douce, bienveillante et sacrément vive pour pouvoir se plier aux contraintes techniques que nécessitait certaines plans ! Pour Christophe Rangoly et Daniély Francisque qui habitent en Martinique et moi à Paris, j’ai demandé à des amis de leur faire passer le casting à ma place. Christophe n’était pas comédien, mais dès les premières images du casting, il avait capté l’essence du personnage, son conflit interne. Pour sa première expérience d’acteur, Christophe m’a fait confiance les yeux fermés en donnant sans compter. Je me rappelle en autre lui avoir fait refaire plusieurs fois une scène où il mâchonne un citron, je ne sais pas combien il en a mangé au final, mais je ne peux plus couper un citron sans penser à lui depuis ! :) Daniély, elle, avait déjà lu le scénario de Tourments d’amour en public avant même que je ne la contacte, car le film avait obtenu le premier prix Lumina Sophie en Martinique et elle faisait partie du jury. Ce fut une jolie coïncidence. Elle avait tout. Elle aussi s’est impliqué à fond à mes côtés, pour un réalisateur, des comédiens aussi motivés, c’est un cadeau du ciel. Quant à Stana Roumillac, nous nous sommes rencontrées lors du casting sur Paris et il a vite été évident qu’elle était Vanessa, écorchée, douce, femme enfant. Avec les comédiens, nous avons plus « cherché » ensemble que répétés. En phase de préparation, nous avons repris le scénario scène par scène pour parler des différentes émotions de chacun des personnages. Chacun pouvait s’exprimer, même s’il n’était pas question de son personnage. Nous avons travaillé ensemble sur la position des corps, sur le sous-texte. Avec Dany, pour une scène précise, nous avons même ajusté son dialogue mot après mot, afin qu’elle soit le plus libre possible de ressentir l’émotion du personnage.

Christophe Rangoly, qui est connu des scènes de slam antillaises sous le nom de Papa Slam, est un artiste multitalents qui joue également de la flûte ! Un matin, sur le tournage, nous nous sommes enfermés dans une pièce avec l’ingénieur du son, David, et je lui ai demandé d’improviser quelques notes. C’est ainsi que le leitmotiv musical du film est né… l‘âme du film… Faire un film, c’est un partage de tous les instants…

Le créole est une langue riche que vous valorisez à travers votre réalisation. Pensez-vous que c’est une langue qui n’est pas reconnue à sa juste valeur en métropole ?

Le créole n’a pas à être « reconnu » en Métropole puisque ce n’est pas la langue utilisée. Par contre, il est vrai qu’en tant qu’antillaise vivant à Paris, sa musicalité me manque au quotidien. J’aime cette langue et il était important pour moi quelle soit présente dans le film. Toutefois, en post production, cela a été une véritable crève cœur de devoir travailler sur les sous-titres des parties en créole, car on perd toujours énormément de sens. Les sous-titres sont très réglementés en terme d’espace, il faut donc aller à l’essentiel et faire le deuil de toute une partie de la richesse du créole.

Primé par 3 titres au Houston Black Film Festival  des Etats-Unis, quelle a été votre réaction suite à ce succès ?

J’avoue qu’au début, je n’y ai pas cru. Nous n’étions même pas sûrs d’avoir été sélectionnés à cause d’un couac de communication entre le festival et la production. De plus, le festival m’a annoncé le Grand Prix le matin, et je n’ai appris les deux autres prix que plus tard dans la journée. Tout cela était assez irréel. Mais j’ai surtout été fière de représenter la Guadeloupe dans un festival américain et agréablement surprise qu’ils puissent primer un film sous-titré, eux qui n’ont pas la culture du sous-titre. Les membres du jury m’ont dit avoir apprécié ce drame familial qui leur a semblé familier et dépaysant en même temps. On en revient là encore à l’universalité versus culturalisme…

Le film sera-t-il diffusé dans les salles de cinéma d’outre-mer ?

« Tourments d’amour » a déjà été diffusé plusieurs fois dans plusieurs salles en Guadeloupe, grâce à lAPCAG (Association pour le Développement du Cinéma d’Art et d’Essai de Guadeoupe) et à Marie Claude Pernelle, exploitante de la salle du Moule. Nous espérons trouver encore d’autres occasions pour le présenter, notamment à Terre de Haut, où j’aimerais beaucoup mettre en place une projection en plein air avec l’association Ciné Woulé, en Martinique où pour le moment, il n’a été vu qu’au festival Rencontre Martinique et en Guyane où il n’a pas encore été projeté.

Que pensez-vous de l’avenir du cinéma antillo-guyanais en France ?

Quelque soit l’origine d’un réalisateur, son souhait est toujours de toucher un large public. Que d’autres cultures puissent être touchées par des histoires caribéennes est primordiale car cela nous permet, à nous réalisateurs antillais de faire voyager notre culture en dehors de nos « frontières », de porter les couleurs de nos îles le plus loin possibles. Malheureusement, en 2017 il faut encore batailler pour faire comprendre que le cinéma antillais n’est pas plus communautaire qu’un autre film régional. Pourtant, dès lors que plusieurs rôles principaux sont tenus par des noirs, ce cliché de communautarisme perdure encore chez certains (pas tous, Dieu merci!). C’est dommage, car l’inverse ne semble même pas sujet à discussion. Nous avons encore du travail, mais j’espère que nos efforts pour faire évoluer les regards ouvriront la voie à d’autres cinéastes des générations à venir.
L’avenir du cinéma antillo guyanais doit se travailler dès maintenant. 

Un dernier mot pour LANTILLAIS.NET

Tourments d’amour, c’est 53 minutes pour faire mijoter les tensions familales à feu doux avant la dégustation du dessert traditionnel.
Rendez-vous du 7 au 20 juin prochain, tous les jours à 13h (sauf les mardis) au Cinéma le St André des Arts, 30 rue St André des Arts 75006 Paris 
Métro RER St Michel / Odéon

Merci beaucoup Lantillais.net

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